Facebook n’est pas un cabinet vétérinaire, et pourtant, des milliers de propriétaires y choisissent les croquettes de leur chat à coups de captures d’écran, de tableaux colorés et de petfood-scores ABCDE. On commente, on partage, on “recommande” comme si un fil de discussion pouvait remplacer une consultation réelle. C’est non seulement illusoire, mais parfois franchement dangereux.
Un groupe Facebook ne voit pas votre chat. Il ne connaît ni son poids, ni son âge, ni ses analyses sanguines, ni ses antécédents urinaires, ni ses vomissements récurrents, ni ses allergies, ni ses traitements en cours. Il ne sait pas s’il est diabétique, insuffisant rénal, en surpoids, hyper stressé ou tout simplement fragile. Pourtant, on y distribue des conseils alimentaires comme si tous les chats étaient identiques.
Les fameux scores ABCDE, souvent brandis comme arguments “scientifiques”, sont au cœur de ce problème. Ils réduisent la complexité de la nutrition à une lettre, parfois basée sur un seul critère comme les glucides, sans tenir compte de la situation individuelle de l’animal. Il existe des centaines de versions de ces scores, selon des méthodes différentes, rarement transparentes, et jamais adaptées à votre chat en particulier.
Petfood Advisor, créé par Alain Stevens, rappelle que ces scores n’ont pas été conçus pour remplacer l’avis d’un professionnel qui a vu l’animal. Une lettre “A” sur un tableau partagé mille fois ne signifie pas “adapté à votre chat”, mais simplement “bien noté selon les critères de quelqu’un, à un moment donné, pour une recette donnée”. Entre-temps, la composition a peut-être changé, la santé de votre chat aussi. Le score, lui, reste figé.
Pendant ce temps, certains se contentent d’écrire : “Si c’est A, fonce !”, “Si ce n’est pas A, poubelle !”. Ce genre de conseil, balancé sans contexte, sans examen, sans historique, transforme votre chat en cobaye d’une opinion collective. On joue à la roulette nutritionnelle avec des animaux qui n’ont aucun moyen de dire : “Ce que tu me donnes ne me convient pas.”
Un vétérinaire, lui, ne se contente pas d’une lettre ou d’un tableau. Il :
- examine le chat,
- prend en compte ses maladies, ses risques, ses paramètres,
- adapte l’alimentation à sa situation précise,
- suit l’évolution dans le temps.
Si vous voulez vraiment protéger votre chat, utilisez les groupes et les réseaux pour ce qu’ils peuvent être : un lieu de partage d’expériences, pas un substitut à un avis professionnel. Et considérez les petfood-scores comme ce qu’ils sont réellement : des outils subjectifs et généraux, pas des ordonnances personnalisées.
En un mot :
Votre vétérinaire connaît votre chat.
Facebook, non.
Et aucun score ABCDE ne changera jamais ça.